Depuis quelques jours, je souhaitais écrire un billet pour saluer l'à Dieu du grand Soljenitsyne dont tout le monde salue le talent d'écrivain et dont certains pleurent le courage et les convictions. Je ne me risquerai pas à faire ici l'apologie de son oeuvre que finalement je ne connais que trop peu mais tiens à souligner quelques éléments sur les réactions et les choses qui m'ont marquées dans mes lectures de presse depuis sa disparition.
Commençons par les choses qui fâchent: Mélanchon. Je vous laisse découvrir la prose du sénateur sur son blog, prolixe, au style forcé d'un docteur en philosophie qui veut que ça se sache et navrante comme à son habitude dans le peu d'espoir et d'intelligence de la critique facile. Elle révèle toutefois l'ancrage à gauche de notre socialisme français passéiste et révèle encore le mal être de son auteur.
Vous pouvez vous remonter le moral en consultant l'article de Frédéric Pons dans Valeurs Actuelles, Merci M. Soljenitsyne qui retrace brièvement la vie de Soljenitsyne et lui rend un hommage appuyé. Je ne peux m'empêcher d'en reproduire les dernières lignes ici qui apportent une belle conclusion à cette vie extraordinaire marquée par l'écriture avant tout, la lutte contre le communisme et l'exemple d'une croyance et d'une espérance profonde dans des valeurs trop souvent oubliées.
Le cœur de l’homme à barbe de prophète s’est arrêté de battre. La voix de celui qui sut défier la barbarie résonnera longtemps encore. Un cortège immense l’attend dans la paix du ciel : les 80 millions de victimes du régime soviétique, ces zeks morts sans raison ni sépulture dans l’immensité du goulag, sacrifiés dans la longue marche du socialisme totalitaire. Tous lui disent merci. En compagnie de ceux dont il ouvrit les yeux et qu’il fortifia par son exemple de foi et d’espérance.
Et aujourd'hui, je suis tombé sur ce discours, Le déclin du Courage de Soljenitsyne à l'université de Harvard en 1978. Sans commentaires, en voilà les morceaux choisis que je vous laisserai apprécier à leur juste valeur.
L'Occident a défendu avec succès, et même surabondamment, les droits de l'homme, mais l'homme a vu complètement s'étioler la conscience de sa responsabilité devant Dieu et la société. Durant ces dernières décennies, cet égoïsme juridique de la philosophie occidentale a été définitivement réalisé, et le monde se retrouve dans une cruelle crise spirituelle et dans une impasse politique.
Sans qu'il y ait besoin de censure, les courants de pensée, d'idées à la mode sont séparés avec soin de ceux qui ne le sont pas, et ces derniers, sans être à proprement parler interdits, n'ont que peu de chances de percer au milieu des autres ouvrages et périodiques, ou d'être relayés dans le supérieur. Vos étudiants sont libres au sens légal du terme, mais ils sont prisonniers des idoles portées aux nues par l'engouement à la mode.
Il est impératif que nous revoyions à la hausse l'échelle de nos valeurs humaines. Sa pauvreté actuelle est effarante. Il n'est pas possible que l'aune qui sert à mesurer de l'efficacité d'un président se limite à la question de combien d'argent l'on peut gagner, ou de la pertinence de la construction d'un gazoduc. Ce n'est que par un mouvement volontaire de modération de nos passions, sereine et acceptée par nous, que l'humanité peut s'élever au-dessus du courant de matérialisme qui emprisonne le monde.
Le grand homme est maintenant éternel, ses écrits resterons pour témoigner qu'il existe encore dans notre société des voix pour s'insurger.



